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L’empreinte carbone est devenue un réflexe de langage : on la cite en réunion, on l’affiche sur des produits, on la brandit dans des débats. Pourtant, quand il faut l’expliquer simplement — puis la convertir en décisions — beaucoup se perdent. Ce guide remet les choses à plat avec des repères chiffrés (2026), une méthode de calcul faisable sans y passer un week-end, et surtout une hiérarchie de gestes qui font baisser les émissions de façon visible. L’idée ? Avancer sans culpabilisation, avec du concret, poste par poste.

Sommaire

A retenir

  • L’empreinte carbone additionne des émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre, exprimées en CO₂e.
  • Un bilan annuel est plus fiable : il capture saisons, achats ponctuels, et habitudes.
  • En France, distinguer émissions territoriales et empreinte de consommation évite les comparaisons trompeuses.
  • Les leviers à fort effet touchent les “gros blocs” : énergie du logement, transport, alimentation, durée de vie des objets, numérique.
  • La compensation peut compléter, mais ne remplace pas la réduction des émissions à la source.
  • En entreprise et dans les entreprises, l’impact se joue à grande échelle : achats, mobilité, IT, bâtiments, stratégie RSE et transition.

Et non, l’empreinte ne se résume pas au pot d’échappement. Elle inclut aussi la “part cachée” : production, transport des biens, fin de vie, alimentation, logement, services… et une part numérique que beaucoup sous-estiment. Comprendre le mécanisme aide à choisir des actions efficaces, plutôt que d’empiler des micro-gestes qui rassurent mais déplacent à peine l’aiguille.

Empreinte carbone : de quoi parle-t-on exactement ?

Premier repère : l’empreinte carbone correspond à la quantité de gaz à effet de serre associée à un mode de vie, une activité, un produit, un service ou une entreprise. On dit “carbone” par commodité, mais on additionne en réalité plusieurs gaz (CO₂, méthane, protoxyde d’azote…), tous impliqués dans l’effet de serre.

Deuxième repère : on parle d’émissions en “équivalent CO₂” (CO₂e), afin d’agréger des gaz différents dans une même unité. Dans la pratique, tout le monde finit par retenir la même chose : l’empreinte s’exprime en tonnes de CO₂e sur une période, le plus souvent l’année.

Troisième repère, et il change l’ambiance : une empreinte n’est pas un verdict moral. Une valeur élevée peut venir d’un logement ancien, d’un chauffage contraint, d’un transport domicile-travail imposé, ou d’une situation familiale. Ce qui compte, c’est d’identifier les postes dominants, puis d’agir là où l’effet est mesurable sur les émissions.

Une définition simple… et la nuance qui évite les erreurs

Définition : l’empreinte carbone est la somme des émissions de gaz à effet de serre générées, directement et indirectement, par une personne, un produit, un service ou une entreprise, sur une période donnée.

La nuance utile tient en trois lettres : CO₂e. Sans elle, beaucoup se trompent de cible. Par exemple, on pense “kilomètres en voiture” (visible) et on oublie des émissions liées à l’alimentation (méthane) ou à la production d’objets (matières, fabrication). Autrement dit, l’effet climatique se joue sur l’ensemble des gaz, pas uniquement sur le CO₂.

Ce que mesure une empreinte complète : direct + indirect

Une empreinte carbone “complète” additionne des émissions directes (chauffage, carburants, certains usages d’énergie) et indirectes (extraction, production, transport de marchandises, distribution, fin de vie). C’est souvent là que se produit le déclic : un objet “immobile” dans un salon a parfois déclenché beaucoup d’émissions avant même d’arriver à la maison.

Autre point clé : une part des émissions dépend d’un cadre collectif. Les offres des entreprises, les infrastructures, l’organisation du travail, la qualité du logement… tout cela “fabrique” une partie de l’empreinte. D’où l’intérêt d’un bilan : il clarifie où se situe l’impact, et qui peut actionner le levier.

Pourquoi on raisonne sur une année (et pas sur une semaine)

Parce que la vie est saisonnière. L’hiver fait grimper la chaleur, l’été change les déplacements, et certains achats (ordinateur, canapé, travaux) créent une bosse ponctuelle. Un bilan annuel lisse ces variations, évite les conclusions au doigt mouillé, et rend comparables deux périodes.

Autrement dit : un seul trajet très long peut “réécrire” l’empreinte annuelle. À l’inverse, des gestes quotidiens peuvent sembler invisibles si on ne regarde pas la bonne échelle de temps. L’année permet de lire l’effet des habitudes, pas seulement des exceptions.

Empreinte carbone, bilan carbone, impact écologique : ne plus mélanger

On confond souvent trois notions. L’empreinte carbone est un résultat (un chiffre, par poste). Le bilan carbone est une démarche de calcul : un périmètre, des hypothèses, des facteurs d’émissions, une méthode. L’impact écologique, lui, est plus large : ressources, eau, pollution, biodiversité, artificialisation… Le carbone est un angle, très structurant pour le climat, mais pas l’unique.

Cela dit, commencer par le carbone reste souvent la voie la plus simple : les données existent, les grands postes sont connus, et l’effet sur le climat se lit à l’échelle mondiale. Ensuite, élargir à l’impact écologique devient plus facile, notamment sur l’eau et les matières.

Par où commencer pour calculer soi-même, sans s’épuiser ?

Une règle terrain évite la paralysie : viser une estimation cohérente, pas une précision absolue. Une empreinte dépend de moyennes, d’hypothèses (durée de vie, remplissage, usages) et d’incertitudes. Chercher l’exactitude au gramme près, c’est souvent la meilleure façon d’abandonner au bout de 20 minutes.

Deux approches marchent bien : un calculateur grand public (rapide, guidé) ou un tableur détaillé (plus long, mais utile pour piloter des actions). Dans les deux cas, noter les hypothèses compte énormément : c’est ce qui permet de refaire un bilan plus tard, et d’observer l’effet réel des changements.

Outils recommandés (France) et usages intelligents

En France, l’outil Nos Gestes Climat (porté par ADEME) reste une base solide pour un premier calcul : il estime une empreinte par postes, propose des actions, et s’appuie sur des facteurs régulièrement mis à jour. Pour des calculs plus “organisationnels”, la Base Carbone de l’ADEME sert souvent de référence pour les facteurs d’émissions utilisés dans beaucoup de démarches (particuliers et entreprises).

Ce que ces outils font bien : donner un ordre de grandeur, classer les postes, montrer l’effet d’une modification (moins de transport, moins de chauffage, alimentation ajustée, achats espacés). Concrètement, ils transforment un sujet anxiogène en tableau de bord.

Les limites des calculateurs

Certains postes sont moins bien captés : gros travaux, achats rares, certains services complexes, et une partie des usages numérique selon les modèles. Deux outils peuvent aussi donner des résultats différents, simplement parce que le périmètre ou les facteurs d’émissions ne sont pas identiques.

Et pourtant, pour décider, ça suffit largement. Si le logement domine, l’énergie et la chaleur restent le sujet. Si la mobilité domine, les kilomètres et le mode de transport restent le sujet. Le classement “top 3” est généralement stable, et c’est lui qui guide les actions utiles.

Calcul en 30 minutes : la méthode simple

Avant de cliquer partout, mieux vaut rassembler quelques chiffres. Sinon, les réponses “à l’instinct” gonflent ou écrasent l’empreinte au hasard. Et ce hasard-là, honnêtement, décourage vite.

  • Logement : surface, nombre d’occupants, type de chauffage, kWh ou € annuels si disponibles.
  • Transports : kilomètres annuels, type de voiture (si concerné), fréquence des longs trajets.
  • Alimentation : nombre de repas “avec viande” par semaine (et lesquels), gaspillage approximatif.
  • Consommation : achats marquants de l’année (électronique, meubles, vêtements), et leur durée de vie envisagée.
  • Numérique : nombre d’appareils, rythme de renouvellement, stockage de données (grossièrement).

Étape 1 — Logement : l’énergie qui pèse (souvent) plus qu’on ne croit

Dans beaucoup de foyers, le logement pèse lourd dans l’empreinte carbone, surtout quand la chaleur dépend du fioul ou du gaz. Les émissions viennent majoritairement du chauffage et de l’eau chaude, plus que de l’électricité d’usage. Un logement mal isolé peut “annuler” des efforts faits ailleurs : quelques kilomètres en moins côté transport, puis une grosse déperdition de chaleur, et le bilan bouge à peine.

Pour calculer proprement : partir des kWh annuels (ou d’une facture), préciser la source d’énergie, puis rapporter au nombre d’occupants. À surface égale, vivre à deux ou à quatre change l’empreinte par personne. Concrètement, c’est un poste où une mesure simple (réglage, programmation) déclenche un effet rapide, avant même les travaux.

Étape 2 — Transports : kilomètres, mode, remplissage

Le poste transport est visible, donc on le surestime parfois… ou on le caricature. La logique reste simple : émissions = kilomètres × facteur (mode, carburant, véhicule, remplissage). Sur le quotidien, la différence se joue souvent sur l’organisation : éviter des allers-retours, regrouper, télétravailler quand c’est possible.

Un point rarement intégré spontanément : le remplissage. Même trajet, même voiture, mais deux personnes au lieu d’une ? L’empreinte par personne baisse nettement. Ce n’est pas toujours faisable, bien sûr. Mais quand ça l’est, c’est un levier “sans technologie”, donc rapide.

Étape 3 — Déplacements occasionnels : le poste qui fait exploser une année

Le piège classique : une année “très sobre” au quotidien, puis un ou deux trajets très longs, et l’empreinte remonte. Pour éviter ça, lister les déplacements exceptionnels sur 12 mois (vacances, week-ends, visites). Ensuite, les intégrer comme un bloc dans le bilan.

Une règle pratique : quand une distance est très grande, son impact est rarement compensé par des micro-gestes. Ce n’est pas une injonction, c’est une lecture mathématique des émissions.

Étape 4 — Alimentation : viser la régularité, pas la perfection

L’alimentation génère des émissions via l’agriculture, les engrais, l’élevage, la transformation et parfois le transport. Ici, les gaz autres que le CO₂ comptent beaucoup, d’où l’intérêt du CO₂e. Le levier le plus robuste n’est pas la “pureté”, mais la fréquence : réduire progressivement les repas très émetteurs, limiter le gaspillage, ajuster sans se mettre en échec.

Pour estimer simplement : raisonner en profils (peu, moyen, beaucoup de produits animaux), puis affiner avec une question bête mais utile : combien de repas par semaine reposent sur viande rouge, volaille, poisson, ou végétal ? Ajouter le gaspillage — rarement compté spontanément — change vite l’empreinte alimentaire.

Étape 5 — Consommation : achats, services, numérique

Ce poste est souvent le plus “invisible” : au moment où l’objet arrive, la majorité des émissions a déjà eu lieu (matières, production, transport). C’est valable pour un smartphone, un ordinateur, des vêtements, un meuble. Les services ajoutent aussi leur part : livraisons, stockage, infrastructures. Et le numérique n’est pas magique : équipements, data centers, réseaux… tout cela consomme de l’énergie et produit des émissions.

La méthode la plus simple : lister les achats importants de l’année, puis estimer les achats récurrents. Ensuite, poser une question qui change beaucoup de choses : combien de temps l’objet va-t-il durer ? Allonger la durée de vie d’un équipement réduit souvent l’impact annuel sur ce poste.

Repères 2026 (France) : chiffres utiles pour interpréter son empreinte

Les chiffres varient selon les méthodes (territorial vs consommation), mais les ordres de grandeur aident à comprendre ce que signifie un résultat. Les repères ci-dessous s’appuient sur des publications de référence (INSEE, CITEPA, ADEME, Global Carbon Project, IPCC) et sur des ordres de grandeur utilisés en France pour piloter la transition.

Tableau 1 — France : moyennes, objectifs, lecture rapide

Indicateur (France / contexte)Valeur 2026 (ordre de grandeur)DéfinitionPourquoi c’est utile
Empreinte carbone moyenne de consommation (par personne)≈ 9 à 10 tCO₂e/anInclut les émissions importées (biens et services consommés)Permet de situer un mode de vie, pas seulement ce qui est émis sur le territoire
Émissions territoriales moyennes (par personne)≈ 6 à 7 tCO₂e/anÉmissions produites en France (industrie, énergie, transport, agriculture…)Explique pourquoi deux “moyennes” circulent et ne racontent pas la même histoire
Trajectoire compatible long terme (ordre de grandeur individuel)≈ 2 tCO₂e/anOrdre de grandeur souvent utilisé pour illustrer une cible climatDonne une direction : réduction progressive, poste par poste
Cadre mondial climat (référence scientifique)Limiter le réchauffement à 1,5–2 °CObjectif international de limitation de l’effet de serreRappelle l’enjeu : réduire les émissions n’est pas un “bonus”

Tableau 2 — Ordres de grandeur par poste : ce qui pèse souvent dans un bilan

PosteCe qui génère les émissionsExemples concretsLevier principalErreur fréquente
LogementChauffage, eau chaude, travaux, équipements, constructionChaudière ancienne, sensation de parois froides, ventilation mal maîtriséeRéduire les pertes + régler la chaleur + choisir une énergie moins émettriceNe regarder que l’électricité et oublier l’énergie totale
Mobilité / transportKilomètres, carburants, fabrication du véhicule, infrastructuresTrajets longs, voiture solo, déplacements répétésRéduire les km + changer de mode + augmenter le remplissageChanger de véhicule trop tôt au lieu de réduire les kilomètres
AlimentationÉlevage, engrais, transformation, chaîne du froid, gaspillageViande rouge fréquente, restes jetés, achats non planifiésRéduire la fréquence des repas les plus émetteurs + anti-gaspillageCroire que “local” = automatiquement bas carbone
Achats / consommationMatières, production, transport, fin de vieRenouvellement rapide (mode, électronique), déco fréquenteAllonger la durée de vie + seconde main + réparationNe compter que l’emballage
Numérique et servicesÉquipements, data centers, réseaux, données, usagesRenouvellement smartphone, stockage cloud massif, multi-écransGarder le matériel + réduire les usages lourds + optimiser les donnéesPenser que “dématérialisé” = zéro émission

Lire son résultat : que veut dire “x tonnes” en France ?

Un résultat devient utile quand il sert de carte. D’abord, regarder la répartition : quels postes dominent les émissions ? Ensuite, isoler le top 2 ou top 3 : ce sont eux qui déterminent l’effet des changements. Une baisse de 5 % sur un petit poste rassure, certes, mais elle change peu l’empreinte totale.

Comparer à une moyenne peut aider, à condition de comparer des chiffres comparables. En France, les émissions territoriales et l’empreinte de consommation racontent deux histoires différentes. La seconde inclut davantage l’indirect (importations), donc elle est souvent plus utile pour guider la consommation et les achats du quotidien.

Enfin, remettre du contexte : une empreinte n’explique pas les contraintes. Le bon usage d’un bilan, c’est de repérer ce qui est modifiable, et de choisir des actions réalistes, avec un effet clair sur les émissions.

Les postes qui pèsent le plus souvent

Plutôt qu’une liste de “bonnes pratiques”, voici des questions orientées décision. Elles évitent de s’éparpiller. Et elles ont un avantage inattendu : elles rendent la réduction des émissions presque… praticable.

  • Logement : quelle mesure simple (réglage) puis quel chantier (isolation) réduit durablement les émissions ?
  • Transport : quels kilomètres peuvent disparaître (organisation, télétravail, regroupement) avant de changer de véhicule ?
  • Alimentation : quelle baisse de fréquence est tenable sur 3 mois, puis sur 12 ?
  • Consommation : quels achats sont remplacés trop tôt, et comment prolonger la durée de vie ?
  • Numérique / services : quels renouvellements peuvent être repoussés, quelles données peuvent être allégées ?

Les gestes qui changent vraiment quelque chose

Une hiérarchie se retrouve dans la plupart des bilans : logement et énergie, mobilité, alimentation, achats/objets. Les micro-gestes (éteindre une veille, débrancher un chargeur) ont un effet réel, mais souvent marginal si, en parallèle, la chaleur est trop élevée ou si un long trajet s’ajoute chaque année.

La stratégie la plus efficace : faire moins de choses, mais mieux. Choisir un levier structurant, l’installer dans la routine, puis passer au suivant. C’est là que la réduction des émissions devient visible, et que l’empreinte décroît vraiment.

Transport : réduire, partager, basculer progressivement

Le levier n°1 reste la distance. Réduire les kilomètres supprime mécaniquement des émissions. Ensuite vient le partage : covoiturage, autopartage, optimisation des trajets. Et seulement après, le changement de mode (vélo, train, bus) ou de véhicule.

Quand c’est possible, privilégier le train plutôt que l’avion sur les trajets compatibles réduit fortement l’impact. Sur le quotidien, l’effet se joue rarement sur une “astuce” : il se joue sur une organisation. Regrouper les courses. Supprimer un aller-retour. Changer une habitude. C’est moins spectaculaire, mais diablement efficace.

Logement : chaleur, réglages, et travaux qui évitent les fausses économies

Le chauffage concentre souvent une grande part de carbone. Réduire légèrement la température, quand c’est acceptable, diminue les émissions sur la saison. Toutefois, le gain le plus durable vient d’une logique simple : limiter les pertes (isolation, étanchéité, ventilation) et améliorer le système (régulation, programmation, équipement efficient).

Témoignage. Une erreur très fréquente (et franchement compréhensible) : commencer par changer toutes les ampoules, se féliciter… puis se demander pourquoi le chiffre ne bouge pas. La raison était bête : le logement “fuyait” de partout. La séquence qui marche le mieux, dans la vraie vie, commence par l’enveloppe et la régulation. Ensuite seulement viennent les détails.

Assiette : réduire la fréquence des gros contributeurs, puis traquer le gaspillage

Sur l’alimentation, la méthode la plus robuste est progressive. Remplacer une partie des repas les plus émetteurs par des options végétales, sans chercher le “zéro défaut”, crée un effet durable. Le second levier, souvent sous-estimé, est le gaspillage : jeter, c’est cumuler des émissions pour rien.

Un repère utile : travailler la fréquence. Par exemple, réduire progressivement la viande rouge, stabiliser des repas végétariens réguliers, et améliorer la planification. Ce n’est pas une posture : c’est une baisse mesurable du carbone sur l’année.

Consommation : faire durer, réparer, choisir la seconde main

Le poste achats additionne des décisions “petites” mais répétées : vêtements, électronique, mobilier. Or l’empreinte carbone d’un objet est majoritairement émise avant l’achat (matières, production, transport). Allonger la durée de vie devient donc un levier puissant : réparer, acheter d’occasion, mutualiser, louer quand c’est pertinent.

Question simple avant d’acheter : “Cet objet remplace quoi, et pour combien de temps ?” Si la réponse est floue, l’impact a de grandes chances d’être un ajout de carbone. À l’inverse, remplacer un appareil irréparable par un produit durable, gardé longtemps, stabilise l’empreinte sur plusieurs années.

Numérique : moins de renouvellement, moins de données inutiles

Le numérique a deux moteurs : les équipements (fabrication, matières) et les usages (réseaux, data centers, données). Le levier le plus “rentable” est souvent le plus banal : garder les appareils plus longtemps. Ensuite seulement viennent les optimisations : limiter le stockage inutile, réduire les vidéos en très haute définition quand ce n’est pas nécessaire, nettoyer les données dupliquées.

En entreprise comme à la maison, l’effet se voit quand le renouvellement matériel ralentit. Beaucoup se trompent ici : ils traquent des réglages minuscules, alors que le gros de l’impact vient de la production des équipements.

Les erreurs fréquentes quand on veut réduire

Beaucoup de bonnes volontés s’épuisent sur des mauvais combats. Non parce que les gestes seraient inutiles, mais parce qu’ils ne touchent pas le gros de l’impact. Voici des pièges classiques, vus dans des bilans personnels comme dans des démarches d’entreprise :

  • Se focaliser sur un détail visible : utile, mais faible effet si le chauffage ou le transport dominent.
  • Oublier les longs trajets : un déplacement exceptionnel peut peser lourd sur l’année.
  • Sous-estimer l’énergie de chauffage : un logement “pas énorme” peut avoir une forte consommation d’énergie si l’enveloppe est mauvaise.
  • Changer de voiture trop tôt : parfois contre-productif si la priorité était d’abord de réduire les kilomètres.
  • Ignorer la durée de vie des objets : le renouvellement rapide fait monter l’empreinte via la production.

Le correctif est simple : revenir au bilan par poste, et piloter ce qui pèse vraiment. Ce n’est pas “sexy”. Mais c’est ce qui fait baisser les émissions pour de vrai.

Compensation carbone : utile, mais à sa place

La compensation consiste à financer des projets censés éviter ou séquestrer des émissions. Sur le papier, cela rassure. Dans la pratique, les limites sont connues : additionnalité difficile à prouver, permanence incertaine, délais longs, qualité variable selon les labels et les projets.

Le bon ordre, quand on en fait : d’abord réduire (direct et indirect), ensuite compenser une part résiduelle, et exiger un rapport clair (méthode, vérification, durée). La compensation ne doit pas devenir un permis d’émettre, sinon l’effet net sur le climat reste trop faible.

Empreinte carbone et entreprises :

Une entreprise a sa propre empreinte carbone : bâtiments, déplacements, achats, logistique, informatique, fournisseurs. Et dans beaucoup d’entreprises, la majorité des émissions se situe dans la chaîne de valeur (achats, sous-traitance, production des biens). En clair : les décisions de l’entreprise structurent aussi une partie des émissions individuelles, via les produits et services disponibles.

La transition n’est donc pas seulement une affaire de gestes privés. C’est aussi une question d’organisation, de secteur, de stratégie RSE et de priorisation. Quand un service achat change des critères, quand une politique de transport évolue, l’effet d’échelle peut être rapide.

Actions côté entreprise (même sans être décideur)

Sans être au comité de direction, des leviers existent. Ils ne règlent pas tout, mais ils déclenchent des dynamiques, et ils alimentent souvent un bilan plus sérieux.

  • Transport : proposer la visio quand le présentiel n’apporte pas de valeur, privilégier le train, mutualiser les trajets.
  • Achats : demander réparabilité, durée de garantie, disponibilité des pièces, et éviter le renouvellement automatique.
  • Numérique : allonger la durée de vie du matériel, réduire le stockage de données inutiles, partager des liens plutôt que des pièces jointes lourdes.
  • Énergie des bureaux : signaler les dérives de chauffage/clim, proposer des réglages, installer une mesure simple de suivi.

Dans une entreprise, l’effet d’une décision répétée (achats, IT, déplacements) se multiplie vite. C’est précisément pour cela que la RSE devient un outil opérationnel, pas seulement un discours.

Plan d’action sur 3 mois : transformer un bilan en décisions

Un bilan sans plan finit souvent dans un onglet oublié. Une méthode simple sur 3 mois fonctionne : choisir deux leviers principaux (ceux qui dominent l’empreinte), ajouter une habitude facile, puis suivre un indicateur clair. Ce n’est pas spectaculaire. Mais ça tient, semaine après semaine.

PériodeActionIndicateur (mesurable)Type de mesureEffet attendu
Semaine 1Relire la répartition par postesTop 3 identifié + hypothèses notéesListe + capture du résultatÉviter les actions décoratives, viser les émissions dominantes
Mois 1Choisir 2 leviers “lourds”1 décision logement + 1 décision transport (ou alimentation)Check-list hebdoAugmenter l’effet sur l’empreinte totale
Mois 1Installer 1 habitude facileAnti-gaspillage : 3 repas planifiés/semaineSuivi simpleRéduire des émissions “invisibles” sans surcharge mentale
Mois 2Mettre en place une mesure techniqueProgrammation chauffage, organisation trajets, covoiturageQuinzaineStabiliser la baisse de carbone et d’énergie
Mois 3Comparer, ajusterKm, facture, fréquence repas, achats, données stockéesMensuelValider l’impact réel et corriger ce qui ne tient pas

Refaire le calcul plus tard : la méthode pour ne pas y passer la soirée

Le deuxième calcul est souvent le plus intéressant : il révèle l’effet des décisions. Pour le simplifier, conserver une trace des données : surface, type de chauffage, kilométrage annuel, fréquence des longs trajets, grandes catégories de consommation, équipements numérique et rythme de renouvellement.

Refaire un bilan après un déménagement, un changement de mode de travail, une rénovation, ou une évolution de mobilité permet de mesurer l’impact réel. Et c’est motivant : quand les émissions baissent sur un poste majeur, la progression devient tangible.

Cadre “données” :

Pour aider à l’extraction et au pilotage, voici un tableau de repères “mécaniques” qui reviennent souvent dans les calculs. Les valeurs exactes varient selon les sources et le contexte, mais ces facteurs et logiques guident une estimation cohérente.

VariableUnitéÀ collecterPourquoiExemple d’utilisation
ChauffagekWh/anFactures, consommation annuelle, type d’énergieLe principal moteur logement des émissionsComparer deux années après réglage ou isolation
Kilomètreskm/anTrajets domicile-travail + loisirs + coursesLe transport est souvent proportionnel aux kmTester l’effet d’une journée de télétravail
Remplissagepersonnes/véhiculeMoyenne sur les trajetsRéduit l’empreinte par personne sans changer de véhiculeCovoiturage sur 2 trajets/semaine
Repas animauxrepas/semaineNombre de repas viande rouge / volaille / poissonTrès corrélé aux émissions en CO₂ePasser de 6 à 3 repas carnés/semaine
Durée de vie des objetsannéesSmartphone, ordinateur, voiture, électroménagerAllonger la durée de vie diminue l’impact annuelGarder un téléphone 5 ans au lieu de 3
Données stockéesGo / ToCloud, sauvegardes, doublonsLe numérique dépend des équipements + des donnéesNettoyage mensuel + règles de partage

Sources

  • https://www.ipcc.ch/report/ar6/
  • https://www.globalcarbonproject.org/
  • https://www.citepa.org/fr/secten/
  • https://nosgestesclimat.fr/
  • https://www.ademe.fr/
Image Arrondie

Quelques mots sur l'autrice

Je m'appelle Laurine, une passionnée de nature et de modes de vie écoresponsables. Depuis mon enfance, j'ai toujours été curieuse et touche-à-tout, explorant diverses activités et m'intéressant à de nombreux sujets. Cette soif de découverte m'a conduite à adopter un mode de vie plus respectueux de notre merveilleuse planète.